Petit Tapir, le triste sire


Le petit tapir d’Amazonie est triste. Sa vie brésilienne et végétarienne est chamboulée.


Depuis que la forêt a reculé au bénéfice notamment d’un Mac Danald – faut bien que les déforestateurs se nourrissent – son trajet journalier – le tapir tourne en rond : au nord à 8h, à l’est à midi, au sud à minuit et à l’ouest à toutes heures – son trajet journalier, disais-je, se trouve agrémenté, à son corps pourtant défendant, d’un passage à midi 12 devant cet antre du bœuf en galette.


Et ce n’était pas son mètre 57, ces 367 livres – que de la littérature brésilienne – et sa jeunesse – à peine 10 ans ! il n’avait donc vécu qu’un tiers de sa vie – qui l’aideraient. Le Mac Danald était le premier pas vers la toujours plus grande faim que les humains ont de la forêt. Il le savait et le déplorait.


Il ne restait pourtant pas immobile. Il avait harangué ses congénères ongulés pour les rallier à sa cause, mais aucuns d’eux ne l’écoutaient. Ils s'en fichaient bien tant qu'ils trouvaient de quoi se sustenter. Les arguments du petit tapir en vue de sauver la forêt tombaient à plat sur le sol dénudé de la pampa en devenir qu’était son habitat. Il le sentait bien.


« L’être humain croit pouvoir être égoïste au détriment des aimaux sous prétexte d’être doué de raison. Mais se souvient-il même du sens profond de ce mot : raison… Et puis, m’en vais-je piétiner leurs maisons sous prétexte d'avoir faim, moi ? » sifflait-il le groin vengeur tourné vers le ciel tout en martelant le sol de ses sabots !


Plus le temps passait, plus il se constatait impuissant. Tant et si bien qu’il finit déprimé. Alors le tapir se tapit sur le tapis de mousse survivant – plus pour très longtemps – espérant sombrer rapidement dans le sommeil et tapisser ainsi sa vie de luxuriantes forêts encore vierges.


Et le tapir galopa – de nouveau – joyeusement sur les vastes étendues de ses nuits noires.


Mais jusqu’à quand ?

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