mardi 12 février 2019

# L'autre


Dès les premiers signes d’attention de l’autre,
je m’engouffre, m’ouvre et me vautre
je m’enchaîne et m’assujettie
Donne jusqu’à ce que je suis

Je gratte jusqu’à la moindre parcelle
Je racle à l’ongle le fond d’ma cervelle
D’mon caractère, d’mes émotions
Je distribue valeurs et sentiments,
Entre avec moult élans
En débordement, transports et effusion

Je dilapide et dépense
Jusqu’à mes moindres défenses
Sans jamais avoir l’impression de gaspiller
Car il me rendra bien au centuple
Toute la tendresse donnée
(Qui a dit « dupe » dans l’assemblée ?)

Car l’autre c’est moi
Et Je suis l’autre, en soi
Me voilà enfin
Au bout du chemin…

J’oublie alors que seul le chemin compte
Et qu’en accordant de si fortes remises d’acomptes
J’entame le solde déjà tout dépourvu
de ce que je n’ai jamais reçu…

Car je distribue même ce que je n’ai pas
Car je distribue surtout ce que je n’ai pas
Pensais en retour que ça se reçoit
Et creuse ainsi un peu plu’
le gouffre d’amour, avide, enfoui en moi
Si immense, tant aigu
Sur les bords, sanguinolent
Sombre, sale et, infini, simplement

Et l’autre donne donne donne
Rendant mon manque, un temps, aphone
Beaucoup au début
Un tel parfum d’inattendu
Plus que je ne croyais en vouloir
Plus que je n’absorbais, en pouvoir

Et un jour, cela s’arrête
Lentement, reste à traîner quelques miettes
L’autre ferme les vannes
« Désolée, ma belle, c’est la panne »
Il a atteint ses limites
L’union se délie en plein coït

Sauf que moi, je continue
Sauf que moi, je n’ai pas vu
Le repli amorcé
La fin annoncée
Refusant de voir l’envahissante vérité
de ma faim démesurée

Je m’éparpille, je donne encore
ce que je n’ai toujours pas
ce que je n’ai déjà plus

Je me vide, m’évide, me creuse de l’intérieur
gardant intacte la coque extérieure
que je crois protectrice
Du sépulcral abysse
De l’image que je donne au monde
Où se planque ma bête immonde

Toujours plus démunie,
Encore plus impuissante
La souffrance m’envahit
La place est libre, elle s’établit
Je la combats à coups de dérobade
Mangeant mes émotions dans une indécente mascarade


Un brouillard s’assoit
Sur ma tête, mon cœur et mes bras
Il m’écrase de tout son poids

A moins qu’il n’ait toujours été là ?

J’agite la main, sans faim
Pour le dissiper, en vain
Le lien a disparu

Je ne m’appartiens plus

***

Me suis-je jamais appartenue ?


lundi 11 juin 2018

Faire le tour de soi


Je suis partie de A
Pour faire le tour de moi
Je suis partie de A
Pour faire le tour de soi
Et perdue en chemin
Je t'ai retrouvé, toi

Et je me suis approchée
Et je me suis accrochée
Et j'ai saisi ta main
Ressentie à nouveau
Regarder vers demain
Oublier tous les maux

J’croyais bien tenir ta main
Mais j'ai merdé par peur
Tout cela n'était qu'un leurre,
Du flou, une fausse chaleur,
Du néant et puis rien,
Juste l’hallu d’mes besoins
Indigents, dénués de saints
À part ceux, assassins
Qui séparent l’ivraie du grain
Et jettent tout ce qu’il y a de bien

Laisser s'ouvrir les vannes
S'vider jusqu'la nausée
Et creuser des saignées
De souffrance et de larmes

Le manque est éternel, profond, intemporel
Le vide est débordant, comblé, grouillant de fiel

Et ma main reste là
Comme un lourd bout de réel
Enflée de solitude,
Bardée de mon désarroi

Et ma main reste là
Nue, stérile, et vieille
Rien ne s’y posera plus
Rongée jusqu’à la trame

Son cœur est aux abois

***
Sur un ancien thème des Impromptus Littéraires : vous êtes vous déjà demandé comment faire le tour de vous-même ? Si ce n'est fait nous vous proposons de "Faire le tour de soi" avec ou sans détours.

mercredi 6 décembre 2017

Une page qui se tourne...



C'est une page qui se tourne.
Il le faut. Elle le doit.
Elle me file depuis trop longtemps entre les doigts.

J'ai tenté de la suivre ligne à ligne.
Lentement. En me laissant le temps.
En oubliant mon sentiment d'urgence qui trépigne.

Mais ma tête reste lourde et vide
d'espoirs mais pas de lendemains morbides...

J'en perds le fil. Encore et encore, jusqu'à ne plus la distinguer.
Rien qu'un tourbillon noir et blanc,
en fous mouvements,
accélérés, projetés...

Un paysage flou, à travers une vitre de pluie, brouillé
Qui ne laisserait entrevoir que des lambeaux délavés.

Voici venu mon avenir, floué,
La page et le livre, floutés.
Les mots dans ma gorge, coincés.
Mes émotions sur mes joues, pleurées...

NON !
Je ne pleure pas...
Non...
Je ne pleure pas, je m'essore l'âme.
Non.
Je ne pleure pas, je nourris mon psychodrame...

Trop lourd, mon bras cède sous le poids de l'arme.
Et le livre tombe...

...

Plus tard, vient le soleil. Il se lève.
Sa main tendre me tire d'un rêve.

Près de moi, il l'éclaire.
Le livre est ouvert.
La page est toujours là...
Elle ne se tourne pas.
Elle me défie de son regard qui n'est que lumière.
Elle est en fait plus blanche qu'un matin froid d'hiver...

***

Pour les Impromptus Littéraires sur le thème de la semaine.

samedi 25 novembre 2017

Mouvements

Œuvre de MIRÓ dont je ne connais pas le nom 
(mais si vous le connaissez, je suis preneuse, s'il vous plaît, merci), 
 Issue des photos de notre voyage à Majorque édition 2017, photos en cours de traitement.
Je tombe sur cette photo, revois l'émotion de l'instant et saisis mon stylo.
Depuis le temps.
Ô Joie !
L'inspiration est joueuse...


 ***

Comme un si long mouvement
qui, même lent, aurait de l'allant
qui, pourtant, me donnerait de l'élan
suffisamment pour saisir l'instant
m'y accrocher de toutes mes dents
et le mordre jusqu'au sang
l'immobiliser, ainsi, vivement,
l'immortaliser, là, céans !
pour vivre enfin maintenant
pour enfin vivre, seulement...

mercredi 15 mars 2017

Provoquer le destin



provoquer le destin
secouer les lendemains

se mettre la tête à l'envers
pour casser les reins aux travers

tuer le cri des galères
tordre le cou aux misères

déposer les larmes
et oublier tout ce vacarme

saisir toutes les mains
choisir un chemin

provoquer le destin
écouter son instinct

secouer les lendemains
pour les retrouver sereins

et exiger qu'enfin cesse
cette vie quotidienne qui m'agresse
retrouver l'allégresse
et l'aisance de mes gestes tout en délicatesse...