lundi 11 juin 2018

Faire le tour de soi


Je suis partie de A
Pour faire le tour de moi
Je suis partie de A
Pour faire le tour de soi
Et perdue en chemin
Je t'ai retrouvé, toi

Et je me suis approchée
Et je me suis accrochée
Et j'ai saisi ta main
Ressentie à nouveau
Regarder vers demain
Oublier tous les maux

J’croyais bien tenir ta main
Mais j'ai merdé par peur
Tout cela n'était qu'un leurre,
Du flou, une fausse chaleur,
Du néant et puis rien,
Juste l’hallu d’mes besoins
Indigents, dénués de saints
À part ceux, assassins
Qui séparent l’ivraie du grain
Et jettent tout ce qu’il y a de bien

Laisser s'ouvrir les vannes
S'vider jusqu'la nausée
Et creuser des saignées
De souffrance et de larmes

Le manque est éternel, profond, intemporel
Le vide est débordant, comblé, grouillant de fiel

Et ma main reste là
Comme un lourd bout de réel
Enflée de solitude,
Bardée de mon désarroi

Et ma main reste là
Nue, stérile, et vieille
Rien ne s’y posera plus
Rongée jusqu’à la trame

Son cœur est aux abois

***
Sur un ancien thème des Impromptus Littéraires : vous êtes vous déjà demandé comment faire le tour de vous-même ? Si ce n'est fait nous vous proposons de "Faire le tour de soi" avec ou sans détours.

mercredi 6 décembre 2017

Une page qui se tourne...



C'est une page qui se tourne.
Il le faut. Elle le doit.
Elle me file depuis trop longtemps entre les doigts.

J'ai tenté de la suivre ligne à ligne.
Lentement. En me laissant le temps.
En oubliant mon sentiment d'urgence qui trépigne.

Mais ma tête reste lourde et vide
d'espoirs mais pas de lendemains morbides...

J'en perds le fil. Encore et encore, jusqu'à ne plus la distinguer.
Rien qu'un tourbillon noir et blanc,
en fous mouvements,
accélérés, projetés...

Un paysage flou, à travers une vitre de pluie, brouillé
Qui ne laisserait entrevoir que des lambeaux délavés.

Voici venu mon avenir, floué,
La page et le livre, floutés.
Les mots dans ma gorge, coincés.
Mes émotions sur mes joues, pleurées...

NON !
Je ne pleure pas...
Non...
Je ne pleure pas, je m'essore l'âme.
Non.
Je ne pleure pas, je nourris mon psychodrame...

Trop lourd, mon bras cède sous le poids de l'arme.
Et le livre tombe...

...

Plus tard, vient le soleil. Il se lève.
Sa main tendre me tire d'un rêve.

Près de moi, il l'éclaire.
Le livre est ouvert.
La page est toujours là...
Elle ne se tourne pas.
Elle me défie de son regard qui n'est que lumière.
Elle est en fait plus blanche qu'un matin froid d'hiver...

***

Pour les Impromptus Littéraires sur le thème de la semaine.

samedi 25 novembre 2017

Mouvements

Œuvre de MIRÓ dont je ne connais pas le nom 
(mais si vous le connaissez, je suis preneuse, s'il vous plaît, merci), 
 Issue des photos de notre voyage à Majorque édition 2017, photos en cours de traitement.
Je tombe sur cette photo, revois l'émotion de l'instant et saisis mon stylo.
Depuis le temps.
Ô Joie !
L'inspiration est joueuse...


 ***

Comme un si long mouvement
qui, même lent, aurait de l'allant
qui, pourtant, me donnerait de l'élan
suffisamment pour saisir l'instant
m'y accrocher de toutes mes dents
et le mordre jusqu'au sang
l'immobiliser, ainsi, vivement,
l'immortaliser, là, céans !
pour vivre enfin maintenant
pour enfin vivre, seulement...

mercredi 15 mars 2017

Provoquer le destin



provoquer le destin
secouer les lendemains

se mettre la tête à l'envers
pour casser les reins aux travers

tuer le cri des galères
tordre le cou aux misères

déposer les larmes
et oublier tout ce vacarme

saisir toutes les mains
choisir un chemin

provoquer le destin
écouter son instinct

secouer les lendemains
pour les retrouver sereins

et exiger qu'enfin cesse
cette vie quotidienne qui m'agresse
retrouver l'allégresse
et l'aisance de mes gestes tout en délicatesse...


jeudi 30 juillet 2015

Deux ans déjà

Écrit il y a deux ans. Déjà... Retrouvé dans un carnet enfoui au fond d'un carton. Parce qu'il en reste même après deux ans. Hé bah ouais.

Je me retourne et jette un dernier regard.

8 ans finalement. 8 ans dans son antre, protéger par ses murs, couverts par son toit. Elle nous aura aimés autant qu'on l'a aimée. 8 ans passés dans ses 5 pièces, des litres de peinture, des kilos de carrelages, des paquets de parquet, des fenêtres et des meubles.

Notre premier achat, nos premières fins de mois difficiles, nos premiers émois de jeunes parents, nos nuits sans sommeil pour un biberon ou une engueulade, du bonheur et des batailles à coup de mots pour en avoir le dernier.

Je me retourne et jette un dernier regard sur cet amas de souvenirs, de rires, de larmes, de désespoirs certains soirs, d'expériences nouvelles, d'espoirs en l'avenir, de découvertes parfois fort désagréables. Et des envies. Beaucoup d'envies... de chocolat, d'enfant, d'autre chose, d'avoir un patron moins con...

Beaucoup de matériel, des chats, de la vaisselle, de la tristesse, des silences et des éclats de voix. Et des larmes aussi. Encore... Parce que je suis comme ça. Suffisamment pour alimenter une rivière. Voire deux. Si ce n'est, une mère.

Des prises de conscience. Parfois douloureuses, souvent salutaires. De la nostalgie, du ressenti, une main tendue et puis une vie. Le plus beau de nous.

Des anniversaires, de la famille qui s'entasse dans la joie, des voisins en or, la poussière qui s'amasse, et la douceur d'une caresse.

Une bobine qui s'évide contre un cœur qui s'emplit. Des erreurs, des remords mais peu de regrets. Des décisions pas toujours bonnes. Des conséquences pour ma pomme...

Je me retourne et jette un dernier regard. Le silence se fait et j'entends le murmure de nos vies durant ces 8 années qui nous ont tant grandis.

Mes cartons sont faits mais mes pièces paraissent encore pleines de tout ce que je ne peux emporter avec moi. De ce que je dois laisser là. De tout ce qui ne rentre pas, ni dans le camion, ni dans mes poches. Reste une partie de moi qui sera étiquetée "Moissy", que je referme doucement, surveillant que rien ne pourra s'échapper.