samedi 12 janvier 2008

Je l’aimais

Je l'aimais* de Anna Gavalda est le premier des livres de cet auteur que j’ai aimé. J’ai, en effet, eu un peu de mal avec Ensemble, c’est tout. Pensée incidente, revenons-en au premier livre.

Je l’aimais, c’est déjà une histoire de couple et d’habitude. « Parce que le piège, justement, c’est de croire qu’on est amarré. On prend des décisions, des crédits, des engagements et puis quelques risques aussi. On achète des maisons, on met des bébés dans des chambres toutes roses et on dort toutes les nuits enlacés. On s’émerveille (…) de cette complicité. »

Mais la complicité et la mise en commun ne font pas tout. Chacun sait qu’un couple cela s’entretient en tant que tel, et non pas seulement par les décisions, crédits, engagements et enfants ; mais combien l’entretiennent ?

Alors c’est ensuite une histoire de rencontre, d’échanges et de sentiments. Parce que le piège se referme parfois sur l’individu au profit de l’entité couple ; entité couple qui acquiert une réelle personnalité morale ; personnalité morale à laquelle l’individualité ne saurait résister. Et parce que malgré le piège, l’individualité résiste toujours afin de ne jamais perdre la mesure de son bonheur.

Mais ça ne dure qu’un temps parce qu’être heureux, c’est difficile à supporter. « Etait-ce normal d’être si heureux ? Etait-ce juste ? Quel prix allais-je devoir payer pour tout ça ? ». Rien n’est gratuit, n’est-ce pas ?

Alors c’est aussi et surtout une histoire de la vie dans tout ce qu’elle a de simple et d’implacable ; une histoire de choix entre soi et les autres. Parce que l’un quitte et l’autre pas. Parce que l’un est égoïste et l’autre lâche. Parce que l’un préfère les remords et l’autre les regrets.

Reste à savoir ce qu’est l’égoïsme. Reste à définir la lâcheté. Reste à distinguer remord et regret.

« Au bout de combien de temps oublie-t-on l’odeur de celui qui vous a aimée ? Et quand cesse-t-on d’aimer à son tour ?
Qu’on me tende un sablier. »

Alors, au final, c’est une histoire de l’amour. Non. Pas une histoire, une définition. Car aimer, c’est aimer être avec quelqu’un parce qu’avec lui, on ne s’ennuie jamais. « Même quand on ne se parle pas, même quand on ne se touche pas, même quand on n’est pas dans la même pièce, (on) ne (s’)ennuie pas. (On) ne (s’)ennuie jamais. » Et puis, aimer c’est avoir confiance en cette personne, confiance en ses pensées. Aimer, enfin, c’est avoir besoin du regard de l’autre « pour avoir un peu plus de (…) profondeur ».

Voilà, c'était cela... Aimer, c’est aimer une personne pour ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas et c’est aimer la personne que nous sommes à ses côtés.

* GAVALDA, Anna. - Je l'aimais - J'ai lu, février 2004.

mercredi 26 décembre 2007

Noël en Suisse


Petit exercice de lexicologie à la Suisse dédié à nos hôtes de là-bas, dit !!! ;-)

Poussés par le Joran*, c'est chaussé de nos eclaffes-beuses* (enfin presque tous... certaines n'auront pas pu éviter le rhume des pieds à patauger dans 1 mètre de neige en tennis de toile) que nous nous sommes rendus de Paris à Ollon en passant par Métabief, son épaisse couche de neige et ses -10 degrés ... en moyenne ! Qu'importe la température, la chaleur humaine était là pour nous réchauffer.

C'est à huit que nous avons donc débarqué en Suisse pour faire la rioule* jusqu'à plus soif à la santé du père-noël et de sa générosité. Deux jours à ruper* comme des caïons*, à bajarquer* jusqu'à épuisement des glandes salivaires et des tympans et à se taper riguenette* sur riguenette ! Sans oublier chaque après-midi, une bonne pioncée* dont nous ne pouvions nous passer (enfin surtout moi, marmotte devant l'éternel...) !

Si après tout cela, nous ne rentrons pas plus que rappicoler*, c'est à n'y rien comprendre ;-)

Joyeux noël à tous !

* www.topio.ch/dico.php

dimanche 16 décembre 2007

Les mots

" J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple ».

Comment dire encore une fois que je suis amoureuse de Sartre et de ses écrits sans que ça se voie…

Je l’ai dit et redit cette année et le redire encore me rend un peu honteuse. Il serait peut être temps que je me renouvelle… mais je n’en ai pas envie parce qu’un des livres de Sartre, encore, m’a pris et ne pas en faire état serait sacrilège. Parce que si les livres sont ma religion, la bibliothèque mon temple, Sartre en serait mon Dieu.

A chacun de ses livres, il m’emmène loin en moi et m’aide à en sortir quelque chose du fatras qui règne « en d’dans ».

Alors une fois n’est pas coutume, je parlerais de Sartre. Promis pour l’an prochain, je tenterais de trouver un nouvel auteur !

Les mots*, donc, raconte comment Sartre a découvert l’existence, la sienne, à travers les livres. Son livre est en deux temps : deux verbes : Lire et Ecrire. Et là, je me suis dit qu’il eut été dommage qu’il n’eut jamais écrit, seulement lu, sinon personne n’aurait su dire aussi bien l’émotion des livres et des mots.

Pareil à lui, je ressens le besoin de toucher les livres « pour honorer mes mains de leur poussière ».

Comme lui, j’ai entendu les livres me parler, « les mots déteign (ant) sur les choses, transformant les actions en rites et les évènements en cérémonies ». Sentir les phrases résister « à la manière des choses » et être obliger de « les observer, en faire le tour, feindre de (s’) éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde (…) ».

Nul autre pareil que Sartre n’avait dit que l’univers se rencontre dans les livres, que les mots se travaillent du regard pour « les essayer, décider de leur sens », qu’il faut tenir « les mots pour la quintessence des choses »…

Les mots m’en manquent pour une fois. Sartre doit être un des seuls qui me laisse sans voix, non pas que je n’ai rien à dire. Mais quand il est là, je n’ai qu’envie de l’écouter.

« Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de « l’élite » : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un « talent » : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »

J'avais trouvé ma religion, mon temple et mon Dieu...

* SARTRE, Jean-Paul. – Les mots – Folio, 2007.

samedi 24 novembre 2007

Zététique

Il me fallait un mot, un nouveau, un que je n’avais jamais rencontré ... là, maintenant, tout de suite. Trop longtemps que je n’en avais pas décortiqué un pour mon plaisir et celui des autres, si tant est qu’il existe des personnes aussi folles que moi des mots…
Beaucoup trop longtemps ! Le 11 août dernier, j’ai disserté sur Improbable et puis rien depuis…
Le besoin se fait sentir, il est là, il m’habite… Il me faut un mot ou je ne réponds plus de rien.

Je compulse mes brouillons, mes notes… Aliénation, arrogance, culpabilité, impuissance… Rien de nouveau, que du déjà ressenti, on verra plus tard… sentiment/émotion, ambiguïté, chimère, objurgation… Je me lasse. Est-ce bien tout ?!

Mon rythme cardiaque s’accélère, mes doigts tremblent, je transpire légèrement… Un mot, un mot, un mot rare ! Il me le faut !

J’emploie les grands moyens : dans google, je tape « mot rare ». Le résultat ne se fait pas attendre : le Petit dictionnaire des mots rares et anciens de la Langue Française* se dévoile à moi.

Et voilà, devant mes yeux, une pléthore de mots qui se dévoile … Lequel choisir ? Et comment ? Pense « Mot compte Triple ». Je tape dans les dernières lettres de l’alphabet et je le trouve : mon mot du jour sera zététique.

Qui eut pu jurer qu’un tel mot puisse exister ? Assemblage de lettres improbables (si tant est qu’après mon explication de l’improbable, l’on puisse qualifier quoi que ce soit d’improbable…) Une sonorité des plus piqu-antes ! Et une définition à calmer les plus « dingues » d’entre nous (soit moi…).

Zététique est un adjectif à usage didactique…

Bon, d’accord, j’arrête de jouer les mystérieuses.

Un adjectif, ça ,c’est bon pour tout le monde ! A usage didactique ie qui vise à instruire**.

Et zététique ? Une méthode zététique est une méthode dont on se sert pour résoudre un problème de mathématique*. Ah, mais attendez, ce n’est pas tout : d’une manière générale, la méthode zététique est celle dont on se sert pour pénétrer la raison des choses*.

Bon, en bref, la zététique, c’est une phase de réflexion qui refuse de dire son nom et qui finalement se trouve à la portée de tout le monde. Tout un chacun fait de la zététique, à chaque instant et en tout lieu, sans même s’en apercevoir.

Bah, oui, quand je fais 1 + 1, j’utilise une méthode zététique…

C’est limite décevant… Et je ne suis pas prête de le replacer. Ce mot là, il est trop fort pour moi, je vous en laisse l’usage !

J’aurais au moins réussi à contenter mon envie débordante. Cette petite satisfaction personnelle mérite bien une cigarette…

Allez, faites-en bon usage !


* http://golfes-dombre.nuxit.net/mots-rares/a.html
** http://www.cnrtl.fr/lexicographie/didactique