Les mots

" J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple ».

Comment dire encore une fois que je suis amoureuse de Sartre et de ses écrits sans que ça se voie…

Je l’ai dit et redit cette année et le redire encore me rend un peu honteuse. Il serait peut être temps que je me renouvelle… mais je n’en ai pas envie parce qu’un des livres de Sartre, encore, m’a pris et ne pas en faire état serait sacrilège. Parce que si les livres sont ma religion, la bibliothèque mon temple, Sartre en serait mon Dieu.

A chacun de ses livres, il m’emmène loin en moi et m’aide à en sortir quelque chose du fatras qui règne « en d’dans ».

Alors une fois n’est pas coutume, je parlerais de Sartre. Promis pour l’an prochain, je tenterais de trouver un nouvel auteur !

Les mots*, donc, raconte comment Sartre a découvert l’existence, la sienne, à travers les livres. Son livre est en deux temps : deux verbes : Lire et Ecrire. Et là, je me suis dit qu’il eut été dommage qu’il n’eut jamais écrit, seulement lu, sinon personne n’aurait su dire aussi bien l’émotion des livres et des mots.

Pareil à lui, je ressens le besoin de toucher les livres « pour honorer mes mains de leur poussière ».

Comme lui, j’ai entendu les livres me parler, « les mots déteign (ant) sur les choses, transformant les actions en rites et les évènements en cérémonies ». Sentir les phrases résister « à la manière des choses » et être obliger de « les observer, en faire le tour, feindre de (s’) éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde (…) ».

Nul autre pareil que Sartre n’avait dit que l’univers se rencontre dans les livres, que les mots se travaillent du regard pour « les essayer, décider de leur sens », qu’il faut tenir « les mots pour la quintessence des choses »…

Les mots m’en manquent pour une fois. Sartre doit être un des seuls qui me laisse sans voix, non pas que je n’ai rien à dire. Mais quand il est là, je n’ai qu’envie de l’écouter.

« Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de « l’élite » : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un « talent » : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »

J'avais trouvé ma religion, mon temple et mon Dieu...

* SARTRE, Jean-Paul. – Les mots – Folio, 2007.

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